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La testostérone, une piste pour combattre l’endométriose ?

Jusqu’à il y a un an, Fanny considérait qu’elle ne trouverait jamais de traitement à son endométriose. Après deux décennies d’errance médicale et de douleurs terribles au moment des règles, la femme de 33 ans avait finalement été diagnostiquée et on lui avait prescrit la pilule. “Le progestatif que je prenais, le Lutéran, m’a causé une grave dépression, raconte-t-elle. Je l’ai arrêté après un an, et j’étais toujours sous antidépresseurs, je me suis donc tournée vers des solutions alternatives: naturopathie, acupuncture, etc. Cela a apaisé certains moments de mon cycle, mais c’était extrêmement cher.” En vérité, les seuls traitements que proposent la gynécologie moderne ne permettent pas de guérir l’endométriose, simplement d’en endormir les symptômes. “La pilule, que l’on propose systématiquement aux personnes endométriosiques, va éteindre le cycle naturel, empêcher les règles et donc arrêter les douleurs”, explique la docteure Laurène Bernard, médecin généraliste et gynécologue. Et puis, il y a un an, Fanny découvre l’article A quand une pilule de testostérone microdosée pour les femmes?, écrit par Juliet Drouar et publié sur Cheek. Elle le rencontre, et il lui explique qu’après avoir entamé la prise de testostérone, ses douleurs de règles ont disparu. Il lui propose de commencer des injections.

 

Succès empiriques

Et ça marche: depuis un an, Fanny n’a quasiment plus de douleurs de règles. “Dès mon deuxième cycle, la testostérone a eu un effet radical sur mes douleurs et ma santé mentale. Je n’ai pas peur de dire que depuis que j’en prends, je vis ma meilleure vie”, résume-t-elle. La raison de ce succès? La testostérone est un anxiolitique naturel, c’est-à-dire qu’il calme les angoisses et la dépression. Mais surtout, “elle va réduire la taille de l’endomètre [NDLR: la muqueuse utérine qui est détruite pendant les règles] et donc des lésions endométriales qui causent des douleurs”, explique le Dr Hervé Fernandez, membre du comité scientifique d’EndoFrance et gynécologue. Depuis plusieurs mois, Fanny en parle autour d’elle, et a inspiré d’autres personnes à essayer cette hormone. Plusieurs amies endométriosiques ont rejoint leurs “apéros testo”. Inspirée par cette idée, Louna, atteinte d’un Syndrome des Ovaires Polykystiques (SOPK), a même commencé à l’expérimenter de son côté. La jeune femme a un taux de testostérone plus élevé que la moyenne à cause de son syndrome et, grâce à l’aide de sa sage-femme qui l’a aidé à traquer son cycle hormonal, elle s’est rendu compte que la chute de cette hormone dans son corps correspondait à des périodes de forte dépression et de fatigue. “Un ami me fait une injection de micro-dose de testo juste avant ce creux, et cela permet de contrer mon manque, et donc la dépression”, explique-t-elle. Depuis qu’elle en prend, comme Fanny, elle va beaucoup mieux.

 

Une piste déjà connue

Fanny, Juliet et Louna ne sont pas les premières personnes à avoir pensé à utiliser la testostérone en gynécologie. Dans les années 70 et 80, un traitement à base de l’un de ses dérivés était prescrit contre l’endométriose, le Danazol. Et il marchait bien: dans les études sur le sujet, comme celle réalisée en 1984 par les professeurs Barbieri, Evans et Kristner , 94% des sujets ont remarqué une amélioration considérable de leurs symptômes. “J’aimais beaucoup le prescrire à mes patientes, car il était efficace, explique le Dr Fernandez. Quel dommage qu’il ne soit plus recommandé.” La raison? Le “virilisme” est ce que l’on retrouve en tête de toutes les listes d’effets secondaires indésirables. Le propre de la testostérone est en effet de faire apparaître des caractéristiques considérées “masculines”, c’est-à-dire plus de poils sur les bras, les jambes, le visage… Mais aussi de l’acné, une voix plus grave et une augmentation de la masse musculaire. “Vous comprenez, quand une patiente vient vous voir et vous explique qu’elle est mal dans sa peau à cause de son traitement, il est difficile de la convaincre de ne pas en changer”, déplore Hervé Fernandez. Malgré son efficacité, la piste du Danazol est donc graduellement abandonnée en France, où il n’est plus prescrit qu’en ovules et de façon très ponctuelle. Au Japon par contre, des stérilets imbibés de ce médicament sont très populaires dans le traitement de l’endométriose. Fanny ne comprend pas ce désintérêt: “Trois poils en plus, c’était peu cher payé pour voir mes douleurs disparaître”, assure-t-elle. Elle milite aujourd’hui pour que la réflexion autour de l’usage de la testostérone et de ses dérivés se démocratise. Selon Laurène Bernard, il faudra encore du temps pour que cela se fasse. “En France, nous sommes très précautionneux quant à l’usage de nouveaux traitements. Les seules personnes qui ont accès à la testostérone sont les hommes trans, et c’est seulement car il s’agit d’une question de survie, car nous ne connaissons pas ses effets sur le long terme. Même si la piste de l’usage de testostérone en gynécologie est intéressante, je pense que les laboratoires français attendront des études d’autres pays pour se lancer.

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